MAISON THOMÉ
cesse. Ces deux airs remplacèrent dès lors dans ma faveur la Valse d’Ypsilanti, que jusque-là je jugeais la plus merveilleuse de toutes les mélodies. Il m’est resté encore de cette époque le souvenir de bien des querelles terminées à coups de poing avec les gamins de l’endroit que ma casquette carrée excitait à me taquiner. J’avais aussi le goût des vagabondages aventureux dans les rochers des bords de l'Unstrut.
Le manage de mon oncle, qui se créa enfin un intérieur, amena, semble-t-il, un grand changement dans ses rapports avec ma famille. Au bout d’un an, il me reconduisit à Leipzig où je fus confié pour quelques jours à des parents de mon père.
Ces parents étaient mon oncle, Adolphe Wagner, et sa sœur, ma tante Frédérique Wagner. Cet homme très intéressant exerça plus tard sur moi une influence fortement marquée. Je le vois encore tel qu’il m’apparut pour la première fois dans son singulier entourage. Ma tante et lui avaient noué des relations très amicales avec une vieille demoiselle bizarre, Jeannette Thomé, co-propnétaire d’une grande maison sur le Marché, demeure où descendaient, si je ne me trompe, les princes de la famille royale de Saxe, depuis l’époque d’Auguste le Fort, quand ils venaient en séjour à Leipzig.
Us en avaient loué et meublé les deux étages principaux. A ma connaissance. Jeannette Thomé s’était reserve la propriété du second étage, dont elle n’habitait qu’une modeste partie donnant sur la cour. Mais, comme le roi n’occupait ses appartements que quelques jours par an tout au plus, Jeannette Thomé s’v tenait