LA FAMILLE DU COMTE P AC H T A
le teint éblouissant, les cheveux blonds et les yeux bruns. Le naturel et l'intimité fraternelle qui réglaient nos relations ne m'empêchèrent pas de me rendre compte que j allais devenir amoureux de l'une d'elles. L'embarras où me mettait mon choix amusait les jeunes filles et leur inspirait des taquineries continuelles. Malheureusement, je ne sus pas me comporter judicieusement. Bien qu'élevées modestement et pratiquement, elles se trouvaient, par leur naissance, placées dans la singulière alternative de faire un mariage de condition ou de se contenter d’une bonne situation bourgeoise. L'instruction très médiocre et presque moyenâgeuse des vrais gentilshommes autrichiens, pour lesquels j'éprouvais à cause de cela un profond dédain, avait été aussi celle de mes jeunes amies. A mon vif déplaisir, je constatai bientôt chez elles une connaissance très superficielle des choses de l'esthétique, et une habileté très prononcée dans tout ce qui est superficiel. Aucune de mes envolées vers les régions supérieures de la vie ne trouvait d'écho en elles. Je fulminais contre les mauvais romans qu'elles empruntaient aux cabinets de lecture, contre les airs d’opéras italiens que chantait Augusta et enfin contre les hobereaux sans esprit et n'ayant d'intérêt qu'aux chevaux, qui venaient faire à Jenny et à Augusta une cour de rustres, ce dont j'étais particulièrement froissé. Mon ardeur à les dénigrer provoqua bientôt des tiraillements sérieux; je devins dur et blessant, je me perdis en digressions sur l'esprit de la Révolution française. J'allai même jusqu'à donner des conseils paternels, prétendant qu'il vaudrait mieux