MA SŒUR ROSALIE
un jugement de Dieu révélera peut-être le coupable. Pendant les préparatifs des funérailles déjà, la jeune mariée donne des signes de folie. Elle fuit son epoux, refuse de le recevoir et s’enferme, inaccessible, dans sa tour. Elle ne se montre qu’à la cérémonie, célébrée de nuit avec magnificence. Pâle et süencieuse, suivie de ses dames d’honneur, elle vient assister à la messe des trépassés, dont la lugubre gravité est interrompue par l’irruption des troupes ennemies. Les parents du mort, accourus pour venger la prétendue trahison, assaillent le château, pénètrent dans la chapelle et réclament le meurtrier. Le burgrave épouvanté leur désigne sa fille qui vient de tomber morte à côté du cercueil, le visage détourné de celui de son fiancé. Je composai pour ainsi dire noir sur noir cette pièce ténébreuse aux tons les plus sombres, où l’on percevait des échos anoblis de Leubald et Adélaïde. J’avais dédaigné d’y introduire aucune échappée lumineuse et particulièrement aucune des fioritures superflues de l’opéra. Quelques cordes tendres y vibraient cependant. Weinlich, auquel j’avais pu, dès mon retour à Leipzig, montrer les premières pages de mon œuvre, me fit des éloges très encourageants sur la clarté de l’introduction du premier acte et les qualités chantantes qui se révélaient dans un adagio pour septuor vocal où s’exprimaient simultanément la réconciliation des familles ennemies, les sentiments des fiancés et la sombre ardeur de l’amant secret.
Mais j’avais surtout à cœur d’obtenir 1 approbation de ma sœur Rosalie. Elle ne put trouver aucun goût à mon poème. Elle y regrettait précisément ce que je n’y