INSTRUMENTATION MODÉRÉE
culté extrême malgré sa brièveté, et dont Tidéalisme bien rendu était d’importance capitale pour la réussite de l’ensemble. Ce rôle était à peine esquissé dans mon œuvre ; je m’en suis bien rendu compte plus tard à la représentation de l’opéra à Paris. Ayant dû le refondre, je recommençai entièrement cette partie, réparant consciencieusement ce que j’avais négligé au début. Pour le moment, l’interprète ne pouvait, par aucun artifice, arriver à rendre l’idée que j’avais voulu exprimer; tout au plus eût-on pu éveiller la sensualité des spectateurs en leur présentant une actrice particulièrement jeune et jolie, et exciter leur intérêt par ce moyen purement physique. Mme Schrœder-Devrient, qui avait déjà un air de matrone, savait que ce moyen n’était plus en sa puissance et ce sentiment la rendit timide au point de la priver de ses ressources de séduction habituelles. Elle se plaignit avec un sourire navré de l’impossibiüté de représenter Vénus dans son costume véritable. « Au nom du ciel! s’écria-t-elle, que dois-je mettre comme Vénus? Une simple ceinture ne suffit pas 1 Je m’affublerai donc d’un costume de carnaval. Vous serez content I »
Je comptais surtout sur l’effet musical de l’ensemble : j’en avais reçu une impression fort avantageuse dans les répétitions. Feuilletant la partition, Hiller m’avait déjà exprimé son admiration de mon instrumentation. La sonorité déücate et caractéristique de l’orchestre m’enchanta moi-même et m’affermit dans la résolution de me servir désormais des moyens orchestraux avec la plus grande modération et d’obtenir ainsi l’abondance des combinaisons dont j’avais besoin pour mes œuvres sui-