INSTRUMENTATION MODÉRÉE
vantes. Seule ma femme regretta de ne pas entendre aux répétitions les trompettes et les trombones qui avaient donné tant d'éclat à Rienzi. Bien que sa réflexion me fit sourire, je dus attacher de l'importance au sentiment d'effroi qu'elle éprouva à constater l'effet languissant du Tournoi poétique. Partant du point de vue du public qui veut être diverti et intéressé, elle avait très justement découvert un défaut sensible de la représentation à venir. Mais je compris tout de suite aussi que la cause en provenait moins d'une erreur de conception que de ma négligence à surveiller les répétitions.
En concevant cette scène, je m'étais trouvé devant le dilemme essentiel que j'avais eu à résoudre une fois pour toutes : le Tournoi poétique serait-il une suite d'airs de concert ou un dramatique concours poétique? Tous ceux qui n ont pas saisi le sens de cette scène par une représentation absolument parfaite sont aujourd'hui encore de l'avis qu'il s'agit de morceaux de chant, présentés alternativement ou simultanément au point de vue purement musical, sur des rythmes et dans des mesures variés et destinés à offrir l'agrément et la diversité qu'on recherche dans le programme d'un concert. Mais cela ne répond aucunement à mon intention : cette fois, pour la toute première fois dans un opéra, mon intention était de forcer le public à s'intéresser à ma pensée poétique en le faisant passer par toutes les phases de son développement. C'est ainsi seulement qu'il était mis en état de comprendre une catastrophe que ne préparait aucun événement extérieur et n'était annoncée que par le conflit des âmes.
De là cette musique extrêmement sobre, large, ne fai-