JOHANNA DANS LE RÔLE D’ÉLISABETH
sance à m'imiter. Mais en même temps il était si impressionné par la nouveauté de ma manière et la justesse de mes exigences qu'il me pria de ne plus faire pour le moment d'autres essais et de le laisser se retrouver seul dans le monde nouveau qui venait de s'ouvrir à lui. Dans plusieurs répétitions, il ne chanta qu'à demi-voix comme pour s'exercer, et ne montra qu'à la dernière de quelle façon il avait résolu sa tâche. Le succès dont je fus témoin alors devint pour moi-même une ancre d'espérance : je vis la possibilité de trouver et de former les interprètes dont j'aurais besoin, et cette foi dans l'avenir m'est restée, malgré le dépérissement de notre genre théâtral. Pour que son chant produisît l'effet que je désirais, Mitterwnirzer avait métamorphosé complètement son attitude, son regard, son geste ; il avait créé un être nouveau et l'impression qu'il produisit amena enfin le public à comprendre mon œuvre. Le rôle de Wolfram, dont il avait si brillamment surmonté les difficultés, con* sacra Mitterwurzer et fit de lui un véritable artiste. Son jeu toujours beau et émouvant devait être le salut de mon opéra, dont le succès avait été fortement menacé à la première audition.
A ses côtés, le personnage d'Élisabeth fut le seul vraiment sympathique. La jeunesse de ma nièce, sa taille élancée et gracieuse, sa physionomie bien allemande ainsi que sa voix alors remarquablement belle et d'une expression souvent enfantine et touchante, de plus son talent d'actrice, sinon de tragédienne, lui gagnèrent le cœur du public. Ce rôle la rendit bientôt célèbre et, dans les années suivantes, quand on me parlait d'une représentation de