RETARD DES DÉCORS
Tannhàuser où elle avait participé, on me disait que le succès lui en revenait presque exclusivement. Mais on ne vantait jamais la variété et la grâce de son jeu que dans la scène où elle reçoit les hôtes au Wartbourg et je reconnaissais dans ce succès persistant le résultat des peines incroyables que moi et mon frère, très expérimenté, nous nous étions données pour lui inculquer sa partie. Malheureusement nous n'avons jamais pu arriver à lui faire comprendre la diction musicale de la prière du troisième acte. De nouveau j'aurais pu m'écrier comme pour Tichastchek : O ! Solon ! o Solon ! quand, après la première audition, je me vis contraint d'opérer une grande coupure dans ce morceau, coupure qui, à mon sens, lui enlevait pour toujours son importance. Johanna,^malgré sa réputation assez durable de grande artiste, n'a jamais su rendre exactement cette prière, tandis qu'une cantatrice française, Mme Marie Sax, à Paris, y a réussi à ma pleine satisfaction.
Nos études avaient été poussées si vivement que nous eussions été prêts au commencement d'octobre si la mise en scène avait été terminée. Mais quelques-uns des décors commandés à Paris n'arrivèrent que fort tard. Celui de la vallée du Wartbourg était absolument réussi et d'un très bel effet, tandis que celui de l'intérieur de la montagne de Vénus me donna bien des tracas. Le peintre ne m'avait pas compris : dans sa grotte sauvage, il avait placé des bosquets et des statues qui rappelaient Versailles; il n'avait pas su rendre le caractère à la fois effrayant et attrayant de ce lieu. Je dus exiger de grandes modifications de ce décor, et les retouches prirent beaucoup de