PREMIÈRE DE « TANNHÀUSER » (19 OCTOBRE
temps. Le brouillard rose qui enveloppe cette grotte et qui, en se levant, découvre la vallée du Wartbourgdut être produit par le moyen d*ime invention que j'avais combinée moi-même.
Cependant le plus grand désagrément provenait du retard impardonnable qu'on mettait à Paris à envoyer les décors du hall pour le Tournoi poétique. Les jours se succédaient ; on avait répété jusqu'à satiété et rien ne venait. Je me rendais journellement à la gare des marchandises, je fouillais parmi tous les ballots... Le hall n'y était pas ! De guerre lasse, je consentis à ne pas renvoyer davantage la première annoncée depuis si longtemps et à substituer au hall souhaité la salle de Charlemagne, que M. de Lüttichau m'avait destinée dès le début. Le sacrifice fut dur pour moi. Et, en effet, au deuxième lever de rideau, la réapparition de ce décor qu'on avait vu si souvent dans Obéron ne contribua pas médiocrement à désappointer le pubhc qui attendait de cet opéra les surprises les plus extraordinaires.
La première de Tannhàuser eut heu le 19 octobre. Le matin de ce jour, une jeune femme, belle et distinguée, se fit annoncer chez moi par le violoniste Lipinsky. C'était la nièce du comte de Nesselrode,chanceherd'Étatde Russie, Mme Kalergis, à laquelle Liszt avait communiqué un tel enthousiasme pour moi qu'eUe était venue exprès à Dresde assister au miracle de ma nouvelle création. Je considérai à bon droit cette flatteuse apparition comme un heureux présage. Bien que, cette fois, Mme Kalergis dût éprouver quelque embarras et une certaine déception provenant du manque de clarté de la représentation et de son quasi-