‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 115 sur 276 · CARACTÈRE DE LA REPRÉSENTATION · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LA REPRÉSENTATION

La grande scène manqua son effet, quoiqu’elle fût interprétée uniquement par une artiste telle que Mme Schrœder-Devrient et un chantem aussi doué que Tichatschek. L’actrice, dans son génie, eût peut-être trouvé les accents justes de la passion, si eUe n’avait eu comme partenaire un ténor auquel manquait tout le sérieux dramatique et toute expression de douleur et de souffrance : par ses dons naturels, il ne pouvait rendre que la joie ou l’énergie déclamatoire. Le public ne s’anima un peu qu’en entendant l’air touchant de Wolfram et la scène finale de cet acte.

Au même endroit, Tichatschek charma enfin tout le monde par l’allégresse de sa voix, et l’on m’assura qu’après ce premier acte, un grand courant de sympathie entraîna les auditeurs vers ma piece et son auteur. Il s’accrut encore au second acte, où Éhsabeth et Wolfram ré\mirent tous les suffrages. Malheureusement le héros du drame, Tannhàuser, disparut peu à peu et se perdit hors de cette atmosphère de sympathie ; si bien qu’à la dernière scène, il sembla que la catastrophe l’écrasait personnellement : il s’anéantit dans une attitude douloureuse et efïacée.

Le principal défaut du personnage consistait dans le fait que le ténor était incapable de rendre la véritable expression du grand adagio du finale, qui commence par ces mots : « Venant en aide au misérable, un ange est envoyé du ciel... »

Dans une introduction au Tannhàuser, écrite plus tard, j'ai expliqué en détail l'importance de ce passage. Cependant, il me fallut le biffer complètement à la seconde

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