‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 116 sur 276 · DÉFAUTS DE MA CONCEPTION · texte numérisé non relu

DÉFAUTS DE MA CONCEPTION

représentation : la façon monotone dont Tichatschek le chantait, le faisait paraître d'nne longueur insupportable. Ne voulant pas blesser cet acteur qui m*était si dévoué et qui, dans son genre, m’avait été si utile, je prétextai m’être aperçu que cette partie était manquée ; seulement Tichatschek étant considéré comme mon interprète de prédilection, on supprima plus tard cette phrase musicale, si éminemment importante, toutes les fois qu’on donna Tannhàuser et c’est une des raisons pour lesquelles je ne me fis jamais d’illusions sur la signification du succès de cet opéra en Allemagne. Mon ténor qui, dans la joie comme dans la douleur, manifestait toujours une énergie extrême, se retira à la fin du second acte avec la mine humble d’un pauvre pécheur et reparut au troisième dans une attitude résignée qui devait provoquer une affectueuse pitié. Il ne reprit sa vigueur de chanteur qu’en faisant connaître l’excommunication papale lancée contre lui, et sa voix devint alors si large et si puissante que ce fut une véritable jouissance de l’entendre dominer l’accompagnement des trombones.

Si ce défaut radical du personnage principal avait laissé le pubhc dans un certain mécontentement de l’ensemble, j’avais contribué moi-même à augmenter son incertitude par l’inexpérience que j’avais du nouveau terrain de ma conception dramatique. Dans la première version de la pièce, telle qu’on la joua alors, j’avais voulu représenter les tentatives de Vénus pour ramener à eUe l’amant infidèle, comme étant une \dsion de Tannhàuser en démence ; la vue du Horselberg, dans le lointain d’une lueur rosée, devait élucider l’horreur de la situation. De

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