‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 117 sur 276 · SUCCÈS DOUTEUX · texte numérisé non relu

SUCCÈS DOUTEUX

même que T annonce décisive de la mort d'Élisabeth ne résultait chez Wolfram que d'une espèce de divination, seul le son très distant du glas funèbre et la flamme à peine visible des torches attiraient l'attention des spectateurs sur le Wartbourg au fond de la scène. Les jeunes pèlerins qui ne paraissaient que tout à la fin, et dans la main desquels je n'avais pas encore mis le bourdon verdoyant, n'annonçaient le miracle que par leurs paroles et non point par des signes extérieurs. Aussi ce passage demeura-t-il assez inintelligible aux spectateurs, d'autant plus que l'accompagnement, d'une monotonie trop prolongée, lui nuisait.

Lorsque le rideau tomba enfin, j'avais conscience de mon échec, moins par l'attitude toujours bienveillante et cordiale du pubhc, que par ma conviction d'avoir présenté une œuvre où le manque d'expérience se faisait trop sentir. J'avais comme du plomb dans les membres et les quelques amis qui vinrent me rejoindre partageaient mon accablement. Ma bonne sœur Clara et son mari étaient parmi eux. Cette nuit même, je pris les décisions nécessaires pour remédier en quelque sorte aux défauts de la représentation. Je voyais où se trouvait le point faible, mais je n'osais le dire, car je reculais devant la moindre tentative d'éclairer Tichatschek sur le caractère de spn rôle. J'aurais risqué de le troubler ou de le contrarier et de le pousser à refuser sous un prétexte quelconque de chanter désormais Tannhàuser. J'eus donc recours au seul moyen qui pût assurer une répétition favorable de mon opéra : je pris sur mon compte la faiblesse du rôle et j'y opérai des coupures qui rédui-

AGITATION CONTRE « TANNHÀUSER

sirent, il est vrai, sa signification dramatique, mais empêchèrent que les autres parties ne fussent gâtées par la mauvaise interprétation. Quoique profondément mortifié, j espérais avoir réussi à donner pour la prochaine audition, que je désirais le plus tôt possible, de sérieux avantages à Toeuvre. Mais Tichatschek s*était refroidi et il me fallut patienter huit jours entiers.

Je ne saurais décrire ce que j'ai souffert durant ces huit jours ! Ce retard semblait devenir funeste à mon opéra. Chaque jour qui s'écoulait entre les deux représentations donnait un air de plus en plus problématique à la première; finalement on prétendit qu'elle avait été un véritable four. Le gros public se montrait surpris et mécontent de ce que, dans la conception de cette œuvre nouvelle, je n'eusse pas eu égard à la faveur qu on avait témoignée à la tendance de Rienzij et mes judicieux amis se trouvaient dans une vraie perplexité en face de cet ouvrage qui leur était demeuré incompréhensible et leur semblait mal conçu et mal exécuté.

Quant aux critiques, ils se jetèrent dessus avec une joie non dissimulée : de vrais corbeaux auxquels on a hvré une charogne en pâture. Ils se servirent même des événements du jour pour me nuire et me calomnier. C'était l'époque où Czersky et Ronge mettaient tout sens dessus dessous par leur agitation germano-catholique, à laquelle on donnait un sens très méritoire et hbéral. On découvrit alors que par le Tannhàuser j'avais voulu provoquer une tendance réactionnaire en glorifiant le catholicisme, de même que Meyerbeer avait célébré le protestantisme par

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