RELATIONS AVEC FRANCK
allait devenir le réceptacle de toutes les sottises possibles sur moi et sur mon œuvre.
Frank me captivait surtout par la finesse et le tact de son jugement. Il y avait en lui quelque chose de distingué qui résultait moins de sa naissance que de sa culture très étendue. Sa froideur et sa retenue m’attiraient plus qu’elles ne me repoussaient, car elles constituaient un élément qui m’était resté inconnu jusqu’alors. Il m’arriva de me heurter chez lui à des jugements tout faits sur certaines réputations ; en ayant contesté la justesse, je fus heureux de m’apercevoir que, de mon côté, j’avais aussi de l’influence sur les opinions de Franck. Alors déjà, j’inclinais à ne point accepter l’éloge que l’on décernait à certains gj-^j^ds hommes en leur délivrant un brevet d (itnuhilitCf qui coupait court à l’examen attentif de leurs œuvres. Je mis souvent mon ami, si expérimenté pourtant, au pied du mur, et je fus amusé de l’entendre, quelques années après, me citer un exemple saisissant de 1 amabilité de Meyerbeer, qu’il avait tant prônée. Il rappela en souriant les singulières questions par lesquelles j’avais contredit alors ses assertions. Cependant, il avait été très effrayé, à cette époque déjà, quand je lui avais fait la démonstration probante du v désintéressement » de Mendelssohn, dont il vantait les sacrifices en faveur de l’art. Dans une conversation où nous avions parlé de ce musicien, il avait conclu en proclamant le réconfort que lui procurait la conduite d’un homme qui ne craint pas de faire des sacrifices pour se libérer d’une situation fausse et inutile à l’art. « N’était-ce pas beau de Mendelssohn d’abandonner les trois mille thalers de sa place de directeur