‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 123 sur 276 · J. SCHNORR · texte numérisé non relu

J. SCHNORR

de Beethoven, car elle lui avait toujours été gâtée à Leipzig par le'" mouvement que Mendelssohn donnait à la première partie. Au demeurant, la société de Robert Schumann n’eut guère d’influence sur moi, et son caractère était trop renfermé pour qu’il subît mes impulsions. La conception de son poème de Geneviève m’en fournit la preuve. Mon exemple n’avait agi qu’extérieurement sur lui et ne l’avait poussé qu’à écrire lui-même un libretto d’opéra.

Il m’invita une fois à en venir écouter la lecture. Il l’avait composé d’après Hebbel et Tieck, mais lorsque, entraîné par le désir cordial de voir réussir son oeuvre, je le rendis attentif aux fautes grossières qu’elle renfermait, je reconnus la nature de cet homme singulier. Il ne voulait de moi que mon admiration et repoussait avec susceptibilité toute immixtion dans l’ouvrage qui l’enthousiasmait. Nous en restâmes donc là.

Par son activité et son empressement, Hiller avait réussi à maintenir nos petites réunions artistiques. L’hiver suivant, elles s’agrandirent : nous formâmes une sorte de société particuhère qui se réunissait familièrement chaque semaine dans une salle réservée du restaurant Engel, place de la Poste.

Le célèbre J. Schnorr, de Munich, venait d’être nommé conservateur des galeries de Dresde et nous l’avions fêté par un de nos banquets habituels. Auparavant déjà, j’avais eu l’occasion de voir ses énormes cartons et ils m’avaient produit une forte impression, tant par leurs dimensions^que par les sujets delà vieille Allemagne qu’ils représentaient, sujets qui me tenaient fort à cœur en ce

HÆNEL. — PECHT. — RIETSCHL

temps-là. J'entendis parler alors de V « école de Munich » dont Schnorr était un des maîtres, et mon cœur se gonfla d’espoir en songeant à tout ce qu’on allait voir à Dresde, puisque de si grands artistes venaient s’y donner la main. Quoique assez déçu par le physique de Schnorr et le ton larmoyant de sa voix de maître d’école (elle ne s’harmonisait aucunement avec ses monstrueux cartons), j’avais considéré comme un bonheur de le voir arriver le samedi soir au café Engel. Il était très versé dans les légendes allemandes et moi j’étais ravi quand on mettait ce sujetlà sur le tapis.

Le célèbre sculpteur Hænel se joignit à nous aussi. On m’avait inspiré un profond respect pour son talent, mais je ne jugeai pas ses œuvres d’après mon propre sentiment, je suivis des avis plus autorisés. Sa tenue et ses manières me parurent affectées ; il énonçait volontiers sur l’art des théories dont je ne savais trop que faire. Je croyais parfois entendre un philistin hâbleur et ma méfiance à son égard ne fut vaincue que par mon vieil ami Pecht qui de même s’était établi à Dresde pour quelque temps. Il me démontra avec assurance la valeur artistique de Hænel, en suite de quoi je m’efforçai, moi aussi, d’apprécier ses œuvres.

Vivant contraste de Hænel, Rietschl parut à son tour parmi nous. J’eus de la peine à concevoir que cet homme maladif et pâle, qui s’exprimait souvent d’un ton pleurnicheur et timide, fût sculpteur. Mais des particularités presque analogues ne m’ayant pas empêché de croire au talent du peintre Schnorr, je m’habituai facilement à Rietschl et me sentis d’autant plus de

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