‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 125 sur 276 · GUTZKOW ET LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

GUTZKOW ET LA MUSIQUE

Mais ces qualités abstraites de simple littérateur Tentourèrent du nimbe de grand écrivain et déterminèrent M. de Lüttichau à lui donner la préférence sur Laube. En agissant de cette façon, Tintendant croyait contribuer davantage à la renommée de Dresde et prouver qu'il favorisait plus les intérêts supérieurs de Tart que le côté pratique du théâtre.

Quant à moi, qui ne tardai pas à constater l'ineptie de Gutzkow comme directeur dramatique, je fus très ennuyé de sa nomination et m'en expliquai si ouvertement à M. de Lüttichau que, sans doute, l'origine de nos dissentiments date de là. C'est que j'avais à me plaindre amèrement du peu de jugement et de la légèreté de ceux qui ont en main la destinée d'institutions aussi nobles que nos théâtres de cour allemands. Afin de me préserver, personnellement du moins, des désordres qui résulteraient de cette funeste nomination, je défendis absolument toute ingérence de Gutzkow dans la direction de l'opéra. On y consentit volontiers et l'on épargna à Gutzkow des humüiations faciles à prévoir.

Il en résulta toutefois entre lui et moi une situation tendue à laquelle je m'efforçai de remédier par les rapports directs que j'eus avec lui dans nos réunions. Mais je cherchai vainement à animer cet homme singulier dont la tête se penchait si craintivement sur la poitrine ; j'essayai de l'entraîner dans la conversation : il était d'une prudence si inquiète qu'il n'y eut jamais moyen de le faire sortir de lui-même. J'eus cependant une discussion avec lui à propos d'une scène de son Uriel Acosta : il avait obtenu qu'au moment où le héros

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