NULLITÉ DES CERCLES SUPÉRIEURS
seillai amicalement de laisser là toute cette question juive : il y avait encore d'autres points de vue pour juger le monde. Mais il perdit alors toute sa naïveté et d'un ton extatique et larmoyant, qui ne me parut pas naturel, il me répondit que cela lui était impossible. Il y avait dans le judaïsme trop de choses qui exigeaient toute sa sollicitude.
Je n'ai pu m'empêcher de me rappeler cette surprenante angoisse d'Auerbach lorsque, dans la suite des années, j'appris qu'il avait fait plusieurs mariages juifs dont je n'ai pas su grand'chose, sinon qu'ils l'avaient enrichi. Longtemps après, j'ai revu Auerbach à Zurich. Je le trouvai fort changé, mais en mal : il avait un air extraordinairement malpropre et commun et sa fraîche vivacité était devenue l'agitation habituelle aux juifs. Il faisait l'effet de regretter tout ce qu'il disait et de ne l'avoir pas réservé pour les journaux. Pendant ma période de Dresde, j'avais toutefois été sincèrement réconforté par la compréhension qu'Auerbach montrait pour mes intentions artistiques, bien que ce fût toujours à sa manière de juif et de Souabe.
A cette même époque, je fis une expérience nouvelle en constatant que je rencontrais, comme artiste, plus d'estime et d'approbation chez les personnes célèbres, d'importance reconnue et d'instruction remarquable, que chez les autres. Par la vogue de Rienzi, j'étais resté dans le cercle du monde théâtral ; le succès de Tannhàuser, si difficile à conquérir, me mit en relations avec les éléments dont je viens de parler. Quoique mon horizon s'élargît ainsi, je ressentis pourtant de pénibles impres-