POÈMES DE « LOHENGRIN »» ACHEVÉ
sions sur la nullité et la vanité que je rencontrai dans les sphères soi-disant supérieures de la littérature et des arts contemporains. En tout cas, les accointances que j'eus durant l'hiver de la première de mon Tannhàuser ne me valurent guère d'avantages; mais heureusement elles n'arrivèrent pas non plus à me distraire de mes travaux. Bien au contraire, la vie en l'air que Hiller avait mise à la mode et dont j'avais bien vite reconnu la vanité, me poussa à rentrer en moi-même, afin de produire au plus tôt quelque chose qui me débarrassât des émotions pénibles et inquiétantes où m'avait jeté mon dernier opéra.
Peu de semaines après les premières représentations de Tannhàiiser, j'achevai le poème de Lohengrin et, dès novembre, j'en faisais la lecture, d'abord chez moi à mes intimes, puis dans les réunions de Hiller. On le déclara « à effet » et on m'en fit compliment. Schumann aussi le trouva à son gré, mais il ne comprenait pas trop quelle forme musicale j'allais lui donner. Je m'accordai alors la plaisanterie de lui réciter une partie du texte en manière de cavatines et de grands airs ; il en sourit et se dit satisfait.
J'eus lieu de me livrer à des réflexions plus sérieuses à propos des observations critiques pleines de tact et de délicatesse que me fit Franck, sur la partie tragique du sujet. Il trouvait injuste de punir Eisa par le départ de Lohengrin ; il comprenait bien que le caractère de la légende se marquait dans ce trait éminemment poétique ; mais il doutait que ce trait répondît aux exigences d'un dénouement dramatique. Il eût préféré voir périr