ÉTUDES SÉRIEUSES
chise. La concordance entre son jugement et celui de Franck m'avait littéralement stupéfait, et comme j'étais dans un état d'esprit fort différent de celui où je me trouvais en écrivant le poème, je me rendis coupable d'étourderie et déclarai à Stalir, dans une lettre trop rapidement conçue, que je lui donnais presque raison. Je ne savais pas que je causais par cet aveu un véritable chagrin à Liszt, qui se trouvait vis-à-vis de Stahr dans la même position qu'autrefois Mme de Lüttichau vis-àvis de Frank. Le mécontentement que causa à mon grand ami la trahison que j'avais commise envers moi-même n'a heureusement pas été de longue durée : sans rien savoir de son alarme, je me rendis compte de mon erreur au bout de quelques jours déjà et ma folie me parut aussi claire que le soleil, de sorte que de mon asile suisse je pus réjouir Liszt de cette protestation : « Stahr a tort, Lohengrin a raison. »
Pour le moment, j'en restai à la critique poétique de mon hbretto ; je ne pouvais songer à le mettre en musique. J'avais à conquérir encore au prix des plus grandes difficultés l’harmonie d’humeur qui m'était nécessaire pour composer et que je n'obtenais jamais qu'après avoir souffert mille tribulations. Mes expériences malheureuses à la représentation de Tannhàuser m'avaient enlevé tout espoir dans l'avenir de mon activité artistique ; de plus j'avais la certitude que de longtemps mon œuvre ne serait jouée que sur le théâtre de Dresde : je ne pouvais compter sur sa popularisation en Allemagne, puisque je n'avais pas réussi à me faire connaître par une pièce couronnée de succès comme Rienzi, Ma situation pécu-