LES « COUTUMES ALLEMANDES
niaire était donc des plus critiques. Une catastrophe devenait inévitable. Tout en me préparant à la subir, je cherchai à m'étourdir en me plongeant d'une part dans mes études si chères sur l'histoire, les légendes et la littérature, d'autre part en me vouant infatigablement à diverses entreprises artistiques.
En ce qui concerne les premières, j'arrivai surtout à me famihariser avec le moyen âge allemand sous toutes ses faces. Quoique incapable de procéder avec l'exactitude d'un philologue, je m'appliquai si sérieusement à mes études qu'il me fut possible de trouver un intérêt extraordinaire à la lecture des « Coutumes allemandes )> de J. Grimm. On se demandait pourquoi, ne pouvant transporter directement sur la scène le résultat de telles études, moi le « compositeur d'opéras », je me perdais dans des sentiers aussi abrupts. Plus tard quelques personnes s'aperçurent bien sans doute que mon Lohengrin avait une physionomie particuHère, mais on l'attribua toujours à l’heureux choix du sujet et l'on vanta l'habileté particulière dont j'avais fait preuve. Aussi les récits allemands du moyen âge, de même que ceux de l'antiquité Scandinave, furent-ils recherchés de préférence par les compositeurs ; mais on s'étonna qu'il n'en sortît rien de fameux. Peut-être aurai-je du mérite à dire aujourd'hui qu'il eût fallu s'aider des « Coutumes» et choses de ce genre. En ce temps-là, j'oubliai d’indiquer mon procédé à Ferdinand Hiller qui glorieusement s'était jeté sur l'histoire d'un Hohenstaufen. Son ouvrage n'ayant pas réussi, il me soupçonnera de perfidie, s'il apprend aujourd'hui que je ne lui ai rien dit des « Coutumes ».
i8o LA « NEUVIÈME SYMPHONIE » (1846)
En fait d'entreprises musicales, celle qui m'occupa principalement cet hiver-là fut l'exécution de la neuvième Symphonie de Beethoven. Je la préparai avec les plus grands soins pour le dimanche des Rameaux, et elle me valut de singulières luttes, mais aussi d'utiles renseignements pour toute ma carrière musicale. Voici comment.
En dehors du théâtre et de l'église, la chapelle royale n'avait qu'une fois par an l'occasion de se produire dans une salle de concert. C'était quand elle donnait une audition au profit de sa caisse des veuves et des orphehns. On avait aménagé dans ce but la grande salle du vieil Opéra, à l'origine réservée seulement aux oratorios. Pour attirer plus de monde à ce concert, on avait fini par joindre régulièrement une symphonie à l'oratorio. Une fois j'avais fait exécuter la Symphonie pastorale de Beethoven et une autre fois la Création de Haydn. Cette dernière œuvre m'avait procuré une grande jouissance, et j'avais appris ainsi à la connaître véritablement.
Comme Reissiger et moi, nous nous étions réservé de diriger ces concerts alternativement, j'eus à choisir la symphonie pour ce dimanche des Rameaux de 1846. Un grand désir m'attirait vers la neuvième Symphonie d'autant plus qu'elle était à peu près inconnue à Dresde. Mais lorsque le comité chargé de l'administration des fonds de pension eut connaissance de mon intention, ses membres furent pris d'une telle frayeur que, dans une audience spéciale, ils supplièrent notre directeur, M. de Lüttichau, d'user de son autorité absolue pour me faire revenir sur mon projet. Pour motiver leur requête, ils