LOUIS SPOHR
et qu'il me faudrait payer un intérêt de 5 pour 100 ; que, de plus, cette caisse exigeait comme garantie que je conclusse une assurance sur la vie, ce qui me prenait encore 3 pour 100 du capital fourni. Dans ces conditions, je fus naturellement poussé à ne pas mentionner dans ma supplique les dettes qui n'avaient pas un caractère menaçant et que j'espérais amortir par les recettes de mes publications. Toutefois les sacrifices que me coûta ce secours entamèrent d'une façon sensible et permanente mes revenus de maître de chapelle.
La police d'assurance qu'on me réclamait m'amena encore les plus désagréables complications et j'eus à lutter contre les doutes inquiétants qu'on manifesta sur l'état de ma santé et sur ma longévité, et qui provenaient des bruits répandus (avec une joie secrète, me semblait-il) par les gens qui remarquaient superficiellement l'état de souffrance dans lequel je me trouvais alors. Mon ami Pusinelli, étant mon médecin, me connaissait à fond et réussit enfin à donner sur ma santé des renseignements suffisants en vertu desquels je pus contracter une assurance à raison de 3 pour 100.
Le dernier de ces pénibles voyages à Leipzig avait cependant un autre motif encore : je répondais à l'agréable invitation du vieux maître Louis Spohr, et j'étais d'autant plus heureux de lui faire cette \dsite qu'elle prenait le caractère d'une réconciliation. Poussé par le succès de mon Fliegender Hollaender à Cassel et aussi par le plaisir qu'il y avait trouvé lui-même, Spohr s'était décidé à descendre encore une fois dans l'arène de compositeur dramatique où il venait d'échouer à plusieurs reprises.