‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 140 sur 276 · CULTURE ARTISTIQUE DE SPOHR · texte numérisé non relu

CULTURE ARTISTIQUE DE SPOHR

Sa nouvelle œuvre était un opéra intitulé les Croisés; il Tavait offerte Tannée précédente au Théâtre de Dresde dans Tespoir que j'allais, ainsi qu'il me le fit entendre, pousser vivement à sa représentation. En m'écrivant, il m'avait rendu attentif au fait que cette composition avait une tendance absolument différente de celle de ses anciens opéras, car il s'était tenu à l'exacte déclamation dramatique, en quoi il avait été merv^eilleusement servi par ce sujet, de « première qualité ». Je fus plus effrayé que charmé en prenant connaissance de son livret et de sa partition : é\Tdemment le vieux maître se trompait dans ses assertions. Mon hésitation à me prononcer sur cet ouvrage fut longtemps servie par l'usage qui voulait que le choix des opéras à représenter ne dépendît pas que d'un seul maître de chapelle. Or, c'était à Reissiger de rapporter sur la nouvelle œuvre et de la diriger. Mon collègue était un ancien ami du vieux maître et s'en vantait. Au bout de quelque temps, j'apprenais malheureusement que la direction avait renvoyé la partition à Spohr avec une réponse d'une brièveté olïensante, ce dont il se plaignit à moi avec amertume.

En m'invitant à aller le voir, il me donnait donc la preuve que j'avais réussi à le calmer et à le consoler. Il se rendait aux eaux, m'écrivait-il, mais comme il lui était désagréable de s'arrêter à Dresde et qu'il avait cependant un désir cordial de faire ma connaissance, il me priait de le rejoindre à Leipzig, où il s'arrêtait quelques jours.

Cette rencontre ne fut pas sans me faire de l'impression. Je vis un homme grand, majestueux, à l'aspect distingué, d'une nature pondérée. Il s'expliqua d'une

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