LIVRET POUR REISSIGER
coup « de mélodie », mais il fallait croire que cela ne suffisait pas pour enthousiasmer les acteurs. Autrement, comment aurait-il dû constater, par exemple, que Mme Schrœder-Devrient provoquait l’extase du public dans Roméo et Juliette, de Bellini, avec le même passage final qu’elle chantait absolument sans expression dang son Adèle de Voix, à lui. Assurément, le sujet seul en était cause.
Je lui promis aussitôt de lui fournir un texte d’opéra dans lequel il pourrait se servir avec grand effet de cette « mélodie » et d’autres encore. Il accepta avec plaisir et je me mis à versifier mon ancien projet de libretto, la Noble fiancée, d’après le roman de Kœnig, que j’avais envoyé jadis à Scribe. Je m’engageai à lui apporter une page de vers à chaque répétition au piano et m’acquittai loyalement de ma promesse jusqu’à ce que tout le livret fut achevé.
Je fus très étonné d’apprendre, quelque temps après, que Reissiger s’était fait écrire, par un acteur nommé Kriethe, un autre libretto qu’on avait baptisé le Naufrage de la Méduse. Je sus alors que la très soupçonneuse femme du directeur s’était défiée de ma bonne volonté à céder un texte à son mari. Tout en trouvant l’ouvrage excellent et bien fait pour impressionner, ils craignirent qu’im piège quelconque ne fût caché dans ma manière d’agir et ils devinrent excessivement prudents. Je rentrai donc en possession de mon manuscrit avec lequel je rendis plus tard service à mon vieil ami Kittl, de Prague. Kittl mit ce texte en musique sous le titre de les Français devant Nice et l’on m’a assuré que