‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 145 sur 276 · CONCERTS DE HILLER · texte numérisé non relu

CONCERTS DE HILLER

sa disposition, il dut se contenter d'autres musiciens de fe ville et de militaires. On ne saurait nier qu'il ne réussit par son zèle à obtenir des résultats dignes d'approbation. L'exécution de compositions encore inconnues à Dresde, particulièrement dans le domaine de la musique moderne, m'attira souvent moi-même à ces concerts. Le public y venait plutôt pour entendre les virtuoses du dehors; Jenny Lind fit malheureusement défaut, mais j'appris à connaître ainsi le violoniste Joachim, très jeune encore à cette époque.

Quant à la valeur de Hiller comme musicien, je la compris par sa façon d'interpréter des œuvres que je connaissais intimement. J'éprouvai ainsi un singulier étonnement à entendre jouer sous sa direction, avec le laisser aller de l'indifférence, un triple concerto de Sébastien Bach. Et, à propos du « tempo di menuetto de la huitième Symphonie de Beethoven, il m'arriva avec Hiller une chose encore plus extraordinaire qu'autrefois avec Reissiger et Mendelssohn. Je lui avais dit que j'assisterais à l'audition de cette symphonie s'il me promettait d'en faire exécuter avec le mouvement voulu la troisième partie que, d'ordinaire, on dénaturait indignement. Il était absolument de mon avis, m'assura-t-il, aussi fus-je stupéfait d'entendre au concert le mouvement de valse trop connu. Lorsque je l'interpellai à ce sujet, il s'excusa en souriant, prétextant avoir eu, au moment où commençait le menuet, une distraction qui lui avait fait oublier sa promesse... Pour le remercier de ces concerts qui toutefois cessèrent dès la seconde année, on offrit à Hiller un banquet auquel je pris part avec grand plaisir.

On s’étonnait alors dans ces cercles, que moi, le causeur animé, je ne parlasse jamais de musique, et presque toujours de littérature grecque et d’histoire. C’est que j ’étais de plus en plus poussé vers des recherches où je me délassais de mes fonctions officielles. J’avais à combler les lacunes sensibles que m’avaient laissées mes études classiques incomplètes et qui s’étaient accrues par la vie que j’avais menée. L’ignorance où je me sentais me poussait à m’approprier à nouveau, par une étude systématique, ces éléments de culture éternellement jeunes et importants. Pour me rapprocher rationnellement du moyen âge allemand et du but que je me proposais, je commençai par l’antiquité grecque; celle-ci me plongea dans un enthousiasme si déhrant qu’il m’était impossible de parler avec chaleur d’un autre sujet que de celui qui m’attirait si puissamment.

Parfois je rencontrais quelqu’un qui m’écoutait volontiers ; mais en général on préférait s’entretenir de théâtre avec moi, car depuis la représentation de VIphigénie, on me considérait comme une autorité dans ces questions. Un homme que sous ce rapport je croyais, avec raison, au moins aussi expert que moi, me favorisa de son approbation particuhère : c’était Édouard Devrient. A cette époque et à la suite d’une cabale montée par son propre frère Émile, il avait dû renoncer à ses fonctions de régisseur en chef de la Comédie. Nous nous rapprochâmes par les conversations que nous eûmes à ce sujet sur la nullité de tout notre appareil théâtral et la malheureuse influence de notre intendance, contre l’ignorance de laquelle on ne pouvait lutter. Il me dit aussi l’estime qu’il éprouvait

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