SON INFLUENCE SUR MOI
pour ma façon de diriger VIphigénie, si différente de celle (à son avis détestable) de Berlin. Pendant longtemps, Édouard Devrient fut le seul homme avec lequel je pus parler sérieusement et en détail des vrais besoins du théâtre et des moyens de remédier à l’état misérable où il végétait. Sa longue expérience me donna de précieux conseils ; il m'aida aussi avec succès à lutter contre le préjugé par lequel on croyait sauver le théâtre en admettant des httérateurs de renom à sa direction, et il me confirma dans l'idée que l'institution n'arriverait à prospérer vraiment que par le travail de ses propres forces, par les acteurs.
Je conservai dès lors et jusqu'à mon départ de Dresde des relations amicales ininterrompues avec Édouard Devrient ; auparavant, son naturel froid et son talent assez médiocre d'acteur ne m'avaient guère attiré. Son ouvrage très méritoire : Histoire de V art dramatique allemand, auquel il était alors occupé et qu'il pubüa peu à peu, me fournit bien des exphcations nouvelles et utiles, ainsi que des vues profondes sur les choses qui m'intéressaient vivement.
J'étais enfin parvenu à reprendre la composition du troisième acte de Lohengrin, interrompue au milieu de la scène nuptiale. Le concert du dimanche des Rameaux, pour lequel on avait réclamé avec instance la neuvième Symphonie de Beethoven, m’avait encouragé suffisamment pour que je pusse, sans prendre de congé, continuer le travail de ma nouvelle composition. Je me contentai de changer de quartier et trouvai un logement qui me donna le repos et le soulagement désirés.