‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 152 sur 276 · JE TOURNE MES REGARDS VERS BERLIN · texte numérisé non relu

JE TOURNE MES REGARDS VERS BERLIN

recevoir gaiement les amis et connaissances qui venaient volontiers partager mon modeste souper dans le jardin Marcolini. Souvent ils me trouvaient sur la plus haute branche d'un arbre ou sur la nuque du Neptune qui formait le centre d'un groupe colossal au müieu d'un bassin toujours à sec et datant d'une époque glorieuse. J'avais plaisir à me promener ensuite avec mes amis sur le large trottoir qui conduit au palais et qui a été posé pour Napoléon lorsqu'on l'année fatale de 1813 il y établit son quartier général.

Mais quand, à la fin d'août, j'eus achevé mon Lohengrin, il était temps de songer à de sérieuses démarches en vue d'améliorer ma situation. La nécessité en était absolue. Il me parut que le mieux serait de m'occuper de nouveau à propager mes opéras sur les théâtres allemands.

Malheureusement le succès toujours plus marqué de Tannhàuser à Dresde n'avait d'écho sur aucune autre scène. Berlin était la seule ville qui eût pu exercer une influence notable dans ce sens; je devais donc tourner mes regards de ce côté. Ce que je savais du goût du roi Frédéric-Guillaume IV me donnait l'espoir que mes œuvres lui inspireraient de l'intérêt et de la sympathie si j'arrivais à les lui présenter sous leur jour exact. J'avais même songé à lui dédier Tannhàuser et afin d'en obtenir l'autorisation, je m'étais adressé à l'intendant de la musique royale, au comte de Redern. Il m'avait répondu que le roi ne pouvait accepter la dédicace d'une œuvre sans la connaître. Or, mon Tannhàuser ayant été refusé par l'intendance de la cour qui l'avait trouvé trop épiquôy

Page 1