RIENZI » A BERLIN
le comte pensait que, si je persistais dans mon désir, il ne me restait qu'une ressource, c'était d'arranger mon opéra aussi bien que possible pour la musique militaire et de le faire entendre au roi à l'occasion d'une parade. Cela me suffit, et je combinai un autre plan d'attaque pour Berlin.
Je crus pratique d'y débuter par celui de mes opéras qui avait eu à Dresde le succès le plus marqué. Ayant obtenu une audience de la reine de Saxe, sœur de la reine de Prusse, je sollicitai son appui pour que l'intendance de Berlin reçût l'ordre royal de faire représenter mon Rienzi, si goûté par la cour de Saxe. J'y réussis, et peu après je fus prévenu par mon vieil ami Küstner que Rienzi allait être joué à Berlin et qu'on désirait me le voir diriger en personne. M. de Küstner avait introduit a Berlin à 1 occasion de l'opéra Cathetinc de CovficiTo, de Lachner, son ancien ami munichois, l'usage très profitable d'accorder des tantièmes ; il m'était donc permis de croire que si Rienzi y remportait un succès tant soit peu comparable à celui de Dresde, je serais bientôt tiré de mes fâcheux embarras d'argent. Mais j'étais surtout gmdé par le désir de me faire présenter au roi de Prusse et d'arriver peut-être, par la lecture du poème de mon Lohengrin, a le disposer en ma faveur et obtenir qu'il voulût voir l'opéra joué au Théâtre de la cour.
Le silence qu'on avait gardé en Allemagne sur mes succès de Dresde me prouvait qu'il me fallait désormais placer mes entreprises dans un centre jouissant de plus d'influence ; je considérais Berhn comme tel et, grâce à la recommandation si utile de la reine de Prusse, je