II
seconde représentation, que je dirigeai encore personnellement, j'étais à me demander quel était le résultat de mes efforts désespérés.
Cette question posée au peu d’amis fidèles que j’avais, provoqua mainte réponse instructive. Parmi ces amis, j’avais retrouvé, à ma grande satisfaction, mon ami Hermann Franck, qui venait de s’établir à Berlin. Les meilleures heures de ces deux tristes mois, je les ai passées dans sa société, dont je ne pouvais cependant jouir que rarement. Autrefois, nous avions pris l’habitude de causer de sujets éloignés du théâtre ; à présent, j’étais presque honteux de l’entretenir de mes plaintes, d’autant plus qu’elles se rapportaient à une œuvre pour laquelle je n’avais plus qu’un intérêt tout pratique. Lui, de son côté, regrettait que je n’eusse pas essayé de me créer un parti à Berlin à l’aide de mon Tannhàuser au lieu de Rienzi, qui convenait plutôt à un public ordinaire. Il prétendait que le caractère de cet opéra eût éveillé l’intérêt de ceux qui ne comptent plus parmi les censeurs de spectacles, précisément parce qu’ils ont abandonné tout espoir de voir le théâtre atteindre un but élevé.
D’autre part, Werder me communiquait ses très décourageantes observations sur l’art berhnois. Un jour il m’afiirma que je ne devais rien espérer de ce public car, à toute représentation d’une œuvre nouvelle, il n’y avait pas, de la première à la dernière place, un spectateur qui songeât à autre chose qu’à la façon dont il médirait de la pièce. Il ne chercha pas toutefois à me détourner de mes aspirations, mais il crut devoir me prémunir contre la confiance que j’aurais pu avoir en ce public de Berlin,