‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 159 sur 276 · LA COMTESSE ROSSI · texte numérisé non relu

LA COMTESSE ROSSI

expliquer les propositions dans tous leurs détails et les avait approuvées avec chaleur. « Et ce fut tout, conclut Marx, jamais je n*en entendis plus parler. »

J appris un jour que la comtesse Rossi, la célèbre Henriette Sontag, qui se trouvait déjà dans la fâcheuse situation de devoir remonter sur les planches et qui vivait très retirée à Berlin, manifestait le désir de me voir ; elle avait conservé bon souvenir de moi. Elle aussi se plaignit amèrement de l’impossibilité d’obtenir pour l’art une aide quelconque des classes supérieures de la société berlinoise. Il lui semblait même que le roi éprouvait une certaine satisfaction à voir le théâtre mal régi, car jamais il ne cherchait à remédier aux défauts qu’on lui signalait, et jamais non plus il ne donnait son consentement à un projet d améhoration. Comme elle désirait connaître ma nouvelle oeuvre, je lui laissai à lire le poème de mon Lohengrin,

Je retournai chez elle le lendemain à une soirée musicale qu’eUe avait organisée pour faire plaisir à son paternel protecteur, le grand-duc de Mecklembourg-Stréhtz. Elle me rendit alors mon manuscrit en m’assurant qu’il lui avait beaucoup plu, et qu’en le lisant elle avait souvent cru voir « danser devant elle les petites fées et les elfes ». D ordinaire les paroles affectueuses et amicales de cette femme, naturellement cultivée, me réchauffaient le cœur ; celles-ci me produisirent l’effet d’une douche froide. Je ne tardai pas à me retirer et ne revis plus la comtesse Rossi qui, du reste, ne me fit plus parvenir d’invitation à ses soirées.

M. E. Rossak chercha à me connaître sans entrer

E. KOSSAK. — TRUHN. — GAILLARD

avec lui dans des relations intimes ou profitables, je le trouvai assez sympathique pour lui donner à lire mon Lohengtin. Il me reçut un jour dans sa chambre qu on venait de récurer à Teau chaude, de sorte qu'il y régnait une épaisse buée qui lui causa des maux de tête et me devint aussi désagréable qu'à lui. En me rendant mon manuscrit, il me mesura d'un regard presque apitoyé et m'assura avec sincérité que « c'était très gentil ».

Je trouvai un peu plus d'agrément dans la société de H. Truhn avec lequel je prenais de temps en temps un verre de bon vin chez « Luther et Wegener » où j'aimais me rendre en souvenir des Contes d^Hoffmann. Il semblait écouter avec intérêt mes idées sur le développement désirable et possible de l'opéra. Il y répondait par des remarques de fine observation et souvent très spirituelles ; sa vivacité me plaisait. Mais après la représentation de Rienzi, il fit comme les autres critiques : il se moqua de moi et m'éreinta. •

Seul mon pauvre vieil ami Gaillard resta fidèlement à mes côtés, sans avoir aucune influence, d'ailleurs. Son petit commerce de musique ne marchait pas, sa revue n existait plus, de sorte qu'il ne put m'être utile que dans des occasions insignifiantes. Il eût voulu m'intéresser à ses nombreuses et faibles œuvres dramatiques. Je m'aperçus que sous ce rapport il était perdu comme sous celui de sa santé, que minait une fièvre hectique. Malgré tout son dévouement, je ne récoltai de sa fréquentation que des impressions démorahsantes.

Mon unique désir étant d'obtenir à Berlin le succès absolument nécessaire à ma situation, je fis taire tout

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