‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 160 sur 276 · RELLSTAB. — MEYERBEER · texte numérisé non relu

RELLSTAB. — MEYERBEER

sentiment de rancune intime et me présentai même chez Rellstab. Il avait critiqué la « nébulosité » et le « manque de consistance » du Fliegender Hollaender; je crus donc devoir le rendre attentif à la structure plus claire et plus marquée de mon Rienzi. Il parut accepter avec un certain plaisir cette preuve de mon apparente estime, mais il me déclara d’avance que sa conviction était faite : tout ce qui s’était manifesté dans l’art musical depuis Gluck ne valait rien. Au cas le plus heureux, on n’arriverait qu’à produire du gahmatias.

Je vis bien qu’à Berlin personne n’avait foi dans l’avenir du théâtre, et je sus que Meyerbeer seul avait été capable de changer quelque peu cet état d’esprit. Cette fois aussi, je rencontrai mon soi-disant protecteur. Dès mon arrivée, je me rendis chez lui. Dans l’antichambre, je trouvai un domestique occupé à préparer les malles ; il me dit que son maître était sur le point de s’absenter, ce que Meyerbeer lui-même me confirma, regrettant de ne pouvoir m’être utile. Ma première visite fut donc un adieu. Je le croyais parti depuis longtemps quand, à ma grande surprise, j’appris quelques semaines plus tard que, sans donner signe de vie, il se trouvait toujours à Berlin. On l’aperçut même à l’une des répétitions de Rienzi. Je ne compris la signification de cette conduite que plus tard ; Édouard de Bülow, le père de mon jeune ami, m’en fournit une expücation assez connue de ceux qui étaient initiés à cette tactique.

Sans avoir eu la moindre idée d’où pouvait provenir ce bruit, je fus prévenu, vers la moitié de mon séjour à BerUn, par le maître de chapelle Taubert, qu’on racon-

2i6 absence du roi A LA REPRÉSENTATION

tait, de source certaine, que je postulais une place de directeur au Théâtre royal et Ton ajoutait que j’avais de grandes chances de l’obtenir. Pour conserver, avec Taubert spécialement, une entente qui m’était nécessaire, il me fallut lui certifier d’une façon précise que jamais je n’avais songé à rien de pareil et que même si une telle place m’était offerte, je ne l’accepterais pas.

En attendant, toutes mes tentatives pour arriver jusqu’au roi échouaient. Mon médiateur, le comte de Redern, chez lequel je retournais toujours, bien qu’on m’eût fait remarquer sa sohdarité avec Meyerbeer, se montrait si bienveillant et ouvert que chaque fois je reprenais confiance en son honnêteté. Il ne me restait donc plus que l’espoir de voir le roi à la représentation de Rienzi, et comme celle-ci avait heu par son ordre, il me semblait impossible qu’il n’y assistât point. Or, précisément le soir de la première, le comte de Redern vint me dire avec une mine vraiment désolée que le souverain allait partir pour la chasse. Je le supphai donc de faire son possible pour que le roi vînt au moins à la seconde représentation. Alors, mon infatigable protecteur m’avoua que, si bizarre que cela parût. Sa Majesté devait éprouver une certaine répulsion à répondre à mon désir, car, de la propre bouche du roi, Redern avait dû entendre ces dures paroles : « Ail ! voilà que vous revenez encore avec votre Rienzi? »

Un agréable incident me rendit un peu mon humeur à cette deuxième représentation. A la fin du brillant second acte, le public parut disposé à m’appeler sur la scène. Afin d’être, le cas échéant, prêt à répondre, je quittai l'orchestre, mais au moment où je posais le pied

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