‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 16 sur 276 · ENTHOUSIASME CROISSANT DU PERSONNEL · texte numérisé non relu

ENTHOUSIASME CROISSANT DU PERSONNEL

tition, on disait ; « Voici le moment des sous neufs. » Mme Schrceder-Devrient, qui devait ouvrir sa bourse aussi, se plaignit que cette étude allait la ruiner. On me remettait régulièrement ces singuliers tantièmes et nul ne se doutait que ces plaisants honoraires étaient les bienvenus : ils nous payaient, à moi et à ma femme, notre repas journalier.

Minna, accompagnée de ma mère, était revenue de Toeplitz au commencement d’août. Nous vivions très misérablement dans notre inconfortable logis, mais nous escomptions avec confiance une délivrance qui, hélas! se faisait attendre. Les mois d’août et de septembre passèrent dans les interruptions continuelles qu’occasionnait le répertoire changeant et exigeant d’un théâtre allemand d’opéra. En octobre seulement, les répétitions combinées prirent le caractère qui aimonce une représentation prochaine. Les répétitions d’ensemble et d’orchestre firent naître en chaque participant la certitude d un grand succès. Les dernières produisirent un effet tout à fait enivrant. Lorsque, pour la première fois, nous exécutâmes entièrement la scène du second acte, avec l’arrivée des messagers de paix, l’émotion fut générale, et même Mme Schroeder-Devrient, mécontente pourtant de son rôle, qui ne faisait pas d’elle l’héroïne du drame, ne put répondre à mes questions que d’une voix étranglée par les larmes. Je crois que tout le personnel du théâtre, jusqu’aux petits employés, m’aimait comme une sorte de prodige et je ne me trompais certainement pas en voyant aussi, dans cette affection, la sympathie attendrie qu’inspirait un jeune homme dont on connais-

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