‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 17 sur 276 · L’INVALIDE CHARITABLE · texte numérisé non relu

L’INVALIDE CHARITABLE

sait la situation extraordinairement précaire et qui sortait d’une obscurité complète pour entrer subitement dans la gloire.

Lorsque, pendant le quart d’heure de repos de la répétition générale, tous les interprètes se dispersèrent pour se refaire les nerfs en déjeunant, moi, je m’assis sur quelques planches des décors et me tins coi pour qu’on ne s’aperçût pas de la gêne où je me trouvais de ne pouvoir faire comme les autres. Un chanteur italien invalide, qui tenait un petit rôle dans Rienzi, parut cependant remarquer mon dénûment et, charitable, il m’apporta un verre de vin et un morceau de pain. Je regrettai de devoir, dans la suite, lui enlever son modeste rôle; à cause de ce renvoi, sa femme ne tarda pas à le traiter si mal qu’il compta parmi mes ennemis à partir de ce moment. A ma fuite de Dresde, en 1849, j’ai appris que ce même chanteur m’avait dénoncé à la police comme ayant participé à l’insurrection ; je me suis souvenu alors du déjeuner de la répétition générale de Rienzi et j’ai cru voir dans cette vengeance la punition de mon ingratitude, car je me sentais coupable d’avoir causé son malheur conjugal.

L’état dans lequel je me trouvais la veille de la première de mon opéra n’est comparable à rien de ce que j’ai ressenti avant ou après, dans des cas analogues. Cette excitation était partagée par ma bonne sœur Clara qui, à cette époque, menait une existence difficile à Chemnitz et était venue à Dresde prendre part à mon sort. La malheureuse, dont la voix extraordinaire s’était atrophiée si tôt, et qui tramait sa vie d’épouse et de mère

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