‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 161 sur 276 · LE PRINCE ET LA PRINCESSE DE PRUSSE · texte numérisé non relu

LE PRINCE ET LA PRINCESSE DE PRUSSE

sur le parquet glissant du couloir, je faillis faire une chute qui eût pu être douloureuse. Je me sentis retenu par une main vigoureuse et je reconnus le prince de Prusse qui sortait de sa loge. Profitant de cette « prise de corps », il m'invita sur-le-champ à le suivre auprès de sa femme qui désirait me connaître. Cette princesse venait d'arriver à Berhn ; elle me dit qu'elle entendait mon opéra pour la première fois, il est vrai, mais qu'elle était depuis longtemps au courant de ma personne et de ma tendance artistique par les informations chaleureuses d'une amie commune, Alwine Frommann. Toute cette entrevue, à laquelle le prince assista avec intérêt, revêtit un caractère amical et réconfortant.

C'était bien ma vieille amie Alwina qui suivait à Berlin les péripéties de ma destinée, et mettait en œuvre tout ce qui était en son pouvoir pour me rendre le courage et la volonté de persévérer. J'allais la voir presque chaque soir ; sa conversation élevée me fortifiait contre les luttes pénibles du jour suivant. J'étais surtout consolé par la chaude et inteUigente sympathie qu'eUe me témoignait avec notre ami Werder. C'est à ce dernier que je dédiai mon Lohengrin, objet de toutes nos tribulations d'alors. Depuis l'arrivée si longtemps retardée de sa protectrice la princesse de Prusse, Mlle Frommann espérait apprendre du roi quelque chose de précis sur mon affaire, quoiqu'elle me laissât entendre que la princesse en disgrâce ne pouvait exercer son influence sur le souverain qu'en demeurant dans les hmites de la plus stricte étiquette. De sorte qu'il me fallut quitter Berlin sans avoir rien obtenu de ce côté non plus.

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