LE SORT DE « CONRADIN
succès. Il m'avait tenu secrète la composition de cet ouvrage, dans lequel poète et musicien pensaient avoir bien imité les tendances et les effets de mon Rienzi en les combinant avantageusement avec ceux de Tannhàuser. Quand il partit pour Dusseldorf, où il venait d’être nommé directeur de concerts, Hiller plein de confiance me recommanda son œuvre, tout en regrettant de n’avoir pas pu m’en laisser la direction. Il m’avoua que son succès était dû en partie à l’excellente interprétation du rôle de Conradin que tenait ma nièce Johanna. Celle-ci, de son côté, m’affirma avec une égale assurance que l’opéra de Hiller n’aurait jamais si bien réussi sans elle. Aussi étais-] e curieux de connaître cette heureuse composition. Cela me fut permis à une quatrième représentation qui fut donnée après que Hiller eut définitivment quitté Dresde avec sa famille.
Lorsque pour l’ouverture je me rendis à mon fauteuil de parquet, je remarquai à mon étonnement que, sauf quelques rares exceptions, toutes les places de la salle étaient vides. A l’autre bout de ma rangée, était assis l’auteur du libretto, le doux peintre Reinike ; nous nous rapprochâmes sans gêne vers le müieu de la salle et nous entretîmnes de la curieuse situation où nous nous trouvions. Reinike me fit des plaintes sur la façon dont Hiller avait mis son sujet en musique ; mais, évidemment troublé par l’échec définitif de la pièce, il oubha de me dire le secret de l’erreur où se voyait Hiller, croyant à la réussite de son opéra. J’appris d’autre part comment le compositeur était devenu victime d’une telle illusion.
Mme Hiller, d’origine polonaise, avait réussi à inté-