LE ROI DE PRUSSE A DRESDE
exaltés (entre autres de Mme de Kœnneritz) m’avaient amené à croire que j’avais au moins autant de droits au succès que Meyerbeer, par exemple ; que ma présomption m’avait plongé dans de telles dettes qu’on se demandait s’il ne serait pas opportun de me donner mon congé ; mais que d’un autre côté mon zèle et mes productions artistiques, surtout le remaniement de VIphigénie de Gluck, poussaient la direction à proposer que l’on essayât de me garder encore, auquel cas, toutefois, il faudrait songer à améliorer ma situation pécuniaire.
Je n’en pus lire davantage... Stupéfait et indigné, je rendis le papier à mon protecteur. Il s’aperçut sur-lechamp de l’effet néfaste de son rapport, et s’efforça de l’atténuer en m’annonçant qu’on avait répondu à mon désir puisque, sur l’heure, je pouvais aller toucher à la caisse les trois cents thalers qui m’étaient alloués. Je m’éloignai sans mot dire, en me demandant comment je supporterais cet affront. Il me fut impossible d’aller chercher l’argent.
Je me débattais ainsi dans les embarras les plus pénibles, quand un jour, en novembre, on annonça que le roi de Prusse venait à Dresde et qu’il souhaitait spécialement voir le TannJiàuser, Il parut, en effet, à la représentation avec la famille royale de Saxe et y goûta, semble-t-il, un intérêt réel du commencement à la fin. On me rapporta à ce propos la singulière explication qu’il donna de son abstention aux représentations de Rienzi à Berhn : sachant que mon opéra serait mal joué à son théâtre, il avait préféré ne pas assister au spectacle. Cet événement extraordinaire me rendit