CONCERTS D’ABONNEMENT
assez de confiance pour me permettre d'aller encaisser les trois cents thalers dont j'avais si amèrement besoin.
De son côté, M. de Lüttichau parut désireux de regagner mon amitié, et son amabilité, toujours égale, me persuada que cet homme sans éducation ne se doutait pas de l'outrage qu'il m'avait infligé. Il reprit le projet que j'avais exposé dans mon mémoire sur la création de concerts d'abonnement et me demanda de les organiser au théâtre, mais sous la protection de la direction même. Après avoir obtenu que les recettes fussent réservées aux membres de l'orchestre, je m'occupai volontiers de cette entreprise. Suivant mon plan, on plaça tout l'orchestre sur la scène; grâce à une paroi de résonance que j'y fis installer, l'acoustique était excellente et le théâtre devint ainsi une salle de concert hors ligne. Il fut décidé que six concerts auraient lieu chaque hiver ; mais comme nous nous trouvions déjà à la fin de l'année, on n'ouvrit d'abonnements que pour trois concerts encore. Le public s'empressa de prendre toutes les places. Ces préparatifs m'occupèrent et me procurèrent tant de distraction que j'étais de l'humeur la plus aimable et la plus conciliante en entrant dans l'année fatale de 1848.
Le premier de ces concerts eut lieu à la fin de janvier et son programme seul me valut déjà l'approbation générale. J'avais jugé que pour donner à de telles auditions une signification réelle et les distinguer des exécutions dénuées de tout sentiment artistique où se suivent sans ordre les productions les plus diverses, il ne fallait y introduire que deux genres de véritable musique qui, en alternant, produiraient une impression de réconfort.
TOMK II.