SUCCÈS DES CONCERTS D’ABONNEMENT
J’intercalai donc entre deux symphonies une ou deux compositions vocales assez longues et peu connues, et cela me parut suffisant pour tout le concert. Après une symphonie de Mozart (en rè majeur), tous les musiciens vidèrent la scène et furent remplacés par un choeur imposant. Celui-ci chanta d’abord le Stahat mater de Palestrina, dont j’avais soigneusement surveillé la diction musicale, puis le motet à huit voix de Bach : « Singet dem Herm ein neues Lied. » L'orchestre reprit ensuite sa place et le concert s’acheva par la Symphonie héroïque de Beethoven.
Ce fut un noble succès qui ouvrit un nouvel horizon à mon activité de directeur de musique. J’y puisai une certaine consolation, car mon dégoût du répertoire d’opéra s’accentuait toujours davantage. D’ailleurs je perdais peu à peu toute influence au théâtre, étant incapable de lutter contre ma nièce qui ne rêvait que rôles de prima donna et que soutenait Tichatschek. Ayant, dès mon retour de Berhn, commencé l’instrumentation de Lohengrin, et m’exerçant, en outre, à la résignation dans tous les domaines, je pouvais, me semblait-il, regarder tranquillement l’avenir, quand soudain une triste nouvelle vint me secouer brutalement.
Au commencement de février, on m’annonça le décès de ma mère. Je me hâtai de me rendre à Leipzig pour son enterrement et j’eus la joie de pouvoir contempler une dernière fois et avec une profonde émotion le visage serein et paisible de la morte. Les dernières années de sa vie, autrefois si active et si agitée, s’étaient passées dans un heureux bien-être et une sorte d’humeur enfan-