‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 170 sur 276 · MORT DE MA MÈRE · texte numérisé non relu

MORT DE MA MÈRE

tine et tranquille. Au moment de mourir, elle s’était comme transfigurée ; souriante et humble, elle s’était écriée : « Ah 1 que c’est beau, que c’est doux, que c’est divin ! Comment ai-je mérité une telle grâce? »

Nous la déposâmes dans la tombe par un matin glacial. La motte de terre gelée que je pris, suivant l’usage, pour la jeter sur le cercueil, tomba sur le couvercle avec un bruit violent qui m’effraya. Au retour du cimetière, en allant chez mon beau-frère Hermann Brockhaus où la famille se réunit encore une heure, je marchais seul avec Henri Laube, qui avait beaucoup aimé ma mère. Il se montra inquiet de ma très mauvaise mine et m’accompagna à la gare. Nous pûmes enfin nous communiquer nos sentiments sur l’oppression qui pesait sur le pays, et qui étouffait à notre avis toute aspiration élevée en favorisant la tendance de l’époque vers la bourbe et les futilités.

Pendant le court trajet de Leipzig à Dresde, j’eus nettement conscience de l’isolement complet où je me trouvais. La mort de ma mère avait rompu les hens naturels entre frères et sœurs absorbés par leurs intérêts personnels. Morne et transi, je me réfugiai donc vers l'unique objet qui pût me consoler et me réchauffer, vers mon Lohengrin et mes études de vieil allemand.

Alors arrivèrent ces derniers jours de février qui devaient amener une nouvelle révolution à l’Europe. Parmi mes connaissances, j’étais de ceux qui ne croyaient pas qu’un bouleversement du monde pohtique fût prochain ou même possible. Mes premières réflexions sur ces questions dataient de la révolution de juület et de

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