L’ACTEUR RISSE
dans de mesquines conditions bourgeoises, renaissait vraiment sous l’influence de mon succès croissant. Avec elle et le brave directeur Fischer, nous passions nos soirées dans la famiUe Heine où nous attendaient toujours les harengs et les pommes de terre. Nous étions d’humeur souvent délicieuse et, la veille de la première, un punch contribua a notre complet bonheur. Comme d’heureux enfants, nous nous séparâmes avec des rires et des larmes en attendant le jour qui devait, assurément, apporter un grand changement dans mon existence.
Le matin du 20 octobre 1842, jour durant lequel je m étais promis de ne troubler aucun de mes acteurs par ma visite, je rencontrai par hasard M. Risse, chanteur estimable mais un peu ennuyeux, chargé d’une des petites parties de basse dans mon opéra. Le dimanche était beau et frais et le soleil luisait sur nous après des journées plmûeuses; l’artiste raide et gourmé qu’était M. Risse s’arrêta devant moi en me regardant comme fasciné, sans arriver à prononcer un mot. Il me contempla longtemps avec des yeux brillants et, finalement, réussit à m’expliquer d’un ton d’émotion singulière qu’il voulait se rendre compte de l’air qu’avait un homme auquel une telle destinée était réservée ce jour-là. Je souris et pensai qu’il devait pourtant y avoir quelque chose en moi. Je promis à Risse d’aller le lendemain à la « Ville-de-Hambourg » et de boire avec lui un verre du bon vin qu’il m’avait prôné en balbutiant.
Je n’ai jamais éprouvé à la représentation de mes œuvres postérieures, de sensations qui soient seulement comparables à l’émoi qui m’étreignit à la première de