‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 171 sur 276 · SYMPTOMES DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

SYMPTOMES DE LA RÉVOLUTION

la longue et systématique réaction qui Tavait suivie. Depuis lors, j^avais vu Paris, et les symptômes observés ne m’avaient jamais fait soupçonner l’approche d’un grand mouvement révolutionnaire. J’avais vu Louis-Philippe construire les forts détachés entourant la capitale ; on m’avait renseigné sur l’importance stratégique des nombreux postes de police fortifiés répandus par la ville, et j’étais convaincu que tout était prévu pour étouffer toute velléité d’émeute du peuple parisien. Et lorsque à la fin de l’année précédente, après la guerre du « Sonderbund » en Suisse et l’heureuse révolution de Sicile, tous les regards s’étaient dirigés avec curiosité vers Paris, je n'avais nullement pris part à la crainte et à l’attente générales. Les nouvelles des mouvements inquiétants de la capitale française arrivèrent bien jusqu’à nous, mais je contestai, à Rœckel spécialement, que ce fût sérieux.

Je me trouvais au pupitre de chef d’orchestre, à une répétition de Martha, quand, pendant la pause, Rœckel vint de l’air satisfait de quelqu’un qui a raison m’annoncer la fuite de Louis-Philippe et la proclamation de la République. J’en éprouvai une singulière surprise, et pourtant je ne pus m’empêcher de sourire du peu d’importance que me paraissait avoir la chose. Cependant, l’agitation s’accrut autour de moi et finit par me gagner. L’Allemagne eut ses journées de mars, et de tous côtés arrivèrent les nouvelles les plus étonnantes. Dans notre petit pays de Saxe, les députations et les pétitions révolutionnaires ne manquèrent pas non plus ; mais, durant plusieurs jours, le roi y résista, trompé sur la gravité du mouvement.

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