MON AMOUR POUR LE ROI
boration d'une constitution démocratique. Ce dénouement et la joie qu'en manifesta la nation me touchèrent profondément. J'eus donné beaucoup pour trouver moyen de me rapprocher du roi et me convaincre moi-même de la confiance qu'il devait avoir en l'amour de son peuple. Le soir on illumina la ville. Le souverain passa les rues en voiture découverte; je le suivis très agité, parfois même au pas de course, afin de me trouver à point sur son chemin lorsqu'il me semblait qu'un vivat particulièrement cordial devait réjouir et consoler son cœur. Ma femme fut fort effrayée lorsque, très tard, je rentrai absolument épuisé et enroué d'avoir tant crié.
Les événements de Vienne et de Berhn, et leurs résultats extraordinaires en apparence, ne me touchèrent cependant que comme d'intéressantes nouvelles de journaux ; la convocation d'un parlement à Francfort à la place de la diète dissoute me parut aussi étrange que sympathique. Toutefois ces faits si importants n'arrivèrent pas à interrompre un seul jour mon travail régulier, et j'éprouvai un orgueilleux plaisir à achever la partition de mon Lohengrin précisément pendant les derniers jours de ce mois de mars si mouvementé. Je terminai l'instrumentation de la musique par le départ du chevalier du Graal pour le pays mystique.
Vers cette époque, je reçus un jour la visite d'une jeune Américaine mariée à Bordeaux, Mme Jenny Laussot, qu'accompagnait Cari Ritter, à peine âgé de dix-huit ans alors. Ce jeune homme, né en Russie de parents allemands, appartenait par sa famille aux émigrés qui, établis en Courlande, revinrent se fixer à Dresde