LECTURE DANS L’ « ASSOCIATION DES PATRIOTES
lire publiquement à la prochaine réunion de la « Société des patriotes ». Sans trop savoir si je me déciderais, je me rendis à cette séance, mais Tassommant rabâchage d'un avocat nommé Blœde et d'un sieur Klette, maître fourreur, me poussa de force sur la singulière tribune où, mon papier à la main, je fis à trois mille personnes la lecture énergique de cet article. L'effet en fut terrifiant. Les auditeurs stupéfaits ne retinrent du discours du maître de chapelle royal que le passage dirigé contre les courtisans du roi et la nouvelle de cet acte incroyable se répandit comme une traînée de poudre. Le lendemain, pendant que je dirigeais une répétition de Rienzi qui devait être joué le jour suivant, on vint de plusieurs côtés à la fois me féliciter de mon courage et de mon dévouement ; mais le jour de la représentation, Eisolt, le valet du théâtre, me prévint qu'elle n'aurait pas heu, qu'il y avait un empêchement. Et en vérité, la sensation que j'avais produite augmentait à tel point que la direction craignait des démonstrations inouïes si l'on donnait Rienzi, Dans les journaux, ce fut une grêle de malédictions et de sarcasmes qui tombèrent sur moi sans que je pusse songer à me défendre. Même la garde communale se sentit offensée et son commandant m'envoya un défi. Mais je m'étais créé les pires ennemis parmi les fonctionnaires et les petits employés de la cour et ils le sont restés jusqu'aujourd'hui. J'appris qu'ils ne cessaient, autant que cela était en leur pouvoir, d'assaillir le roi et l'intendant pour les supplier de me chasser tout de suite. Il me parut donc opportun d'écrire directement au monarque pour lui expHquer ma conduite, imprévoyante certes, mais non coupable.