TOME II
KITTL. — HÆNEL
qu'à m'abandonner aux singulières sensations que me faisaient éprouver les démonstrations publiques d'une foule variée et versatile. Dans les rues, j'observai avec intérêt les faits et gestes de la « Légion académique » qui étalait avec bravade les couleurs allemandes, mais je fus presque égayé de voir parader ces mêmes couleurs sur la livrée des domestiques qui passaient les glaces au théâtre.
J'assistai au « Carlstheater » de la Leopoldstadt à une farce nouvelle intitulée Nestroy, dans laquelle paraissait même le prince de Metternich. Quand on lui posait la question : « As-tu empoisonné le duc de Reichstadt? », il se sauvait dans la coulisse comme un malfaiteur démasqué. La cité impériale, si folle d'amusements, d'ordinaire, éveillait alors l’idée d'une ville jeune et pleine de force, et je me souvins de cette impression lorsque peu de temps après je sus la part énergique que la jeunesse viennoise avait prise à la lutte de la population contre les troupes du prince de Windischgraetz.
Au retour, je touchai Prague, où mon vieil ami Kittl, toujours plus corpulent, tremblait encore d'avoir assisté aux récents tumultes. Il semblait se figurer que la révolte du parti tchèque contre le gouvernement autrichien était dirigée contre lui tout spécialement ; il croyait devoir se reprocher d'avoir provoqué lui-même la terrible émeute de cette époque par la composition de son übretto, les Français devant Nice, dans lequel il avait placé une sorte d'air révolutionnaire devenu bientôt populaire.
Sur le bateau à vapeur qui me ramenait à Dresde, je lencontrai à mon grand plaisir le sculpteur Hænel. Il