‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 187 sur 276 · PLAN DE « FRÉDÉRIC BARBEROUSSE · texte numérisé non relu

PLAN DE « FRÉDÉRIC BARBEROUSSE

épaisse fumée de tabac. Un M. de Trütschler, homme de bel et énergique aspect, profondément sérieux, me déclara, après m'avoir tranquillement écouté pendant un certain temps, qu'il n'y avait plus ô!Etcitf que seule la Société existait et que celle-ci n'avait pas besoin de notre aide pour savoir ce qu'elle avait à faire pour les arts et le théâtre. Plein de confusion, je renonçai dès lors à mes efforts et aussi à mon espoir.

Mon projet n'eut aucune suite ; je n'en sus plus rien, sinon qu'il était arrivé aux oreilles de M. de Lüttichau et l'avait rempli d'un peu plus d'animosité contre moi.

Dans mes promenades devenues tout à fait solitaires, je me soulageai de ma triste humeur en me forgeant des chimères : je construisais un état social basé sur les souhaits et les efforts des plus hardis socialistes et communistes alors en train de bâtir leur système ; mais ces efforts n'avaient d'importance à mes yeux que lorsque les socialistes seraient arrivés au bouleversement politique désiré, car alors seulement viendrait la renaissance artistique que je rêvais.

A cette même époque, je songeai à la composition d'un drame ayant pour héros l'empereur Frédéric Barberousse. L'idée de souverain y devait être représentée dans sa plus grande et sa plus terrible importance; devant l'impossibilité de réaliser son idée, l'empereur gardait une dignité qui éveillait la sympathie et donnait la notion claire de la multiphcité des choses de ce monde. Je n'ai dessiné qu'à grands traits l'esquisse de ce drame qui devait être en vers rimés populaires et dans le style de nos poètes épiques du moyen haut-allemand ; quelque

LES « WIBELUNGEN »»

chose ressemblant au poème d!Alexandre du prêtre Lambert. L’action était répartie en cinq actes, comme suit. Premier acte : Réunion de la Diète dans les plaines de Roncaglia ; exposition de la souveraineté impériale qui comprenait même l’investiture de l’eau et de l’air. Deuxième acte : Siège et prise de Milan. Troisième acte : Trahison de Henri, dit le Lion, et déroute de Ligano. Quatrième acte : Diète d’Augsbourg. Humiliation et punition de Henri le Lion. Cinquième acte : Diète et grande réunion de la cour à Mayence, paix avec les Lombards, réconciliation avec le pape, prise de la croix et départ pour la Terre Sainte.

Mais l’intérêt que m’inspirait ce plan dramatique avait été atténué dès le début par l’attrait bien plus puissant qu’exerçait sur mon esprit le côté mystique d’un autre sujet du même genre, dans la légende des Niebelungen et de Siegfried, Ce rapprochement entre l’histoire et la fable me porta à écrire là-dessus une dissertation pour laquelle je me servis de monographies (je ne me souviens plus des noms d’auteurs) trouvées dans la bibliothèque royale et qui me donnèrent des indications précieuses sur les royautés primitives en Allemagne. J’ai publié plus tard sous le nom de Wibelungen (i) cette assez longue étude et depuis le Barberousse, je n’ai plus traité de sujet historique dans l’opéra.

Partant de là, je m’apprêtai à tracer le tableau précis et succinct, que j’avais combiné dans mon esprit, du très ancien mythe des Niebelungen et de celui des Dieux des

(i) Wibelungen, Niebelungen, jeu de mots sur 1 *ancienne dénomination des WaibUnger, Gibelins.

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