‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 191 sur 276 · LES RÉFUGIÉS DE VIENNE · texte numérisé non relu

LES RÉFUGIÉS DE VIENNE

parler ; presque aussitôt je vis devant moi une demidouzaine de ces démocrates. Ils me traitèrent de frère et me demandèrent des places pour la représentation. Je reconnus enfin Tun d'eux, un nommé Haefner, ancien écrivain, petit bossu au chapeau calabrais horriblement cabossé. Il m'avait été présenté par Uhl, à Vienne, lors de ma récente visite au club politique. Quoique ma gêne fût grande de constater la stupéfaction avec laquelle les musiciens assistaient à cette rencontre, je ne cherchai pas à m'excuser. J'allai tranquillement à la caisse et me fis donner six coupons que j'offris à mes singuliers quémandeurs, après quoi ceux-ci s'éloignèrent, non sans m'avoir, devant tout le monde, serré les mains avec effusion. Je doute que ce fait ait servi à consolider ma situation de maître de chapelle, mais il est certain que jamais je n'ai été applaudi avec plus de frénésie que ce soir-là, après tous les actes de Rienzi.

En général, le public ordinaire du théâtre semblait vouloir manifester contre celui du concert officiel qui m avait traité avec une froideur si démonstrative, et il s était formé en ma faveur un parti presque passionné. Que ce fût dans Tannhàuser ou dans Rienzi, toujours il m acclamait et, bien que les tendances de ce parti ne fussent pas du goût de l'intendant, celui-ci n'en témoignait pas moins un certain respect pour moi.

Un jour, M. de Lüttichau m'offrit de faire jouer prochainement mon Lohengrin. Je lui expüquai la raison qui m'avait empêché de lui proposer mon œuvre plus tôt ; à présent le personnel de l'opéra me paraissant suffisant, j'étais tout disposé à préparer cette représentation. A cette

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