‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 195 sur 276 · SYMPHONIE » LE DIMANCHE DES RAMEAUX 1S · texte numérisé non relu

SYMPHONIE » LE DIMANCHE DES RAMEAUX 1S

de mon frère, dans la voix de ma nièce ; mais quand on sut mon dissentiment avec la direction, mon renoncement volontaire à toute influence et ma disgrâce manifeste, on en profita pour me forcer à diriger précisément cette oeuvre antipathique. C'était d'ailleurs mon tour. En outre, on m'employait surtout à diriger Martha de Flotow, pièce qui n'attirait jamais grand public, mais qu'on donnait très souvent quand on se trouvait dans l'embarras à propos du répertoire.

Aussi lorsque je jetais un coup d'œil rétrospectif sur ma carrière de maître de chapelle, qui durait depuis sept ans, j'éprouvais une véritable humiliation à constater le piètre résultat auquel avaient abouti tant d'efforts. Je devais me dire que si je quittais Dresde subitement, je n'y laisserais pas la moindre trace de mon activité et que si le roi avait à juger entre l'intendant et moi, il lui faudrait, malgré toute sa bienveillance, donner raison au courtisan, ne fût-ce qu'à cause des conséquences.

J'éprouvai cependant une grande satisfaction le dimanche des Rameaux de l'année 1849. Dans le but de s'assurer une bonne recette, l'orchestre avait encore choisi la neuvième Symplwnie de Beethoven et les musiciens se donnèrent toutes les peines du monde pour que l'exécution fût impeccable. Le pubhc en témoigna un enthousiasme sincère. Michel Bakounine, qui se cachait de la pohce, avait assisté en secret à la répétition générale ; mais à la fin de l'audition, il était venu sans crainte vers moi, à l'orchestre, et m'avait crié que si toute musique était condamnée à disparaître dans la conflagration universelle, nous devions, au péril de notre

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