SYMPTÔMES RÉVOLUTIONNAIRES (3 MAI
Une aimable lettre de Liszt me décida cependant à accepter de passer quelques jours auprès de lui pour assister à la troisième représentation de Tannhàuser. Cette représentation devait avoir lieu avec les seuls interprètes de Weimar, car on pensait garder mon opéra au répertoire. Je demandai donc a la direction un conge pour la seconde semaine de mai.
Peu de jours me séparaient de ce moment, mais ces jours furent néfastes. Le mai, les Chambres étaient dissoutes par le nouveau ministère Beust, réactionnaire, et nommé par le roi. Pour moi, une des suites de ce gros événement fut que je dus venir en aide à Rœckel et aux siens. Sa qualité de député Tavait jusqii'alors préservé des poursuites de droit pénal j la Chambre dissoute, il lui fallut chercher son salut dans la fuite. N’ayant aucun autre moyen de le secourir, je lui promis de veiller a la continuation de son journal, car cette pubhcation faisait en partie vivre sa famille. Rœckel avait a peine passe la frontière de Bohême et moi-même, fort perplexe, je m’évertuais dans l’imprimerie à trouver de la « copie » pour un numéro de la feuille populaire, que de tous les côtés éclataient déjà sur Dresde les orages attendus depuis longtemps : députations tumultueuses, démonstrations de la populace, séances furieuses des comités, enfin tous les précurseurs de la guerre civile. Le 3 mai, la foule qui se pressait dans les rues faisait prévoir qu’elle arriverait incontestablement où on la poussait, car la reconnaissance de la Constitution confédérative allemande, réclamée par toutes les députations du pays, avait été refusée par le gouvernement avec une fermeté qui n’était plus dans ses habitudes.