NÉCESSITÉ DE SE DÉFENDRE
L’après-midi, j’assistai à une séance du Comité des Patriotes, mais seulement en auditeur bénévole et dans l’intérêt du journal de Rœckel, que je continuais à rédiger par charité. La conduite de ces hommes, que la faveur populaire avait portés à la tête des assemblées, attira mon attention. Évidemment ces gens n’étaient point à la hauteur de la situation et ils le furent moins encore lorsque se fit jour le terrorisme qu’exercent toujours, en pareil cas, les militants des basses classes sur les représentants des théories démocratiques. J’entendis là pêle-mêle les motions les plus déplaisantes et les réponses les plus indécises. La nécessité de se défendre formait le thème principal des débats ; on discuta donc la question d’armement, mais dans une telle confusion que lorsqu’on jugea le moment venu de se séparer, je n’emportai de la séance qu’une impression de grand désordre.
Je m’éloignai avec le peintre Kaufmann, un jeune artiste dont j’avais remarqué, à l’exposition de Dresde, quelques cartons esquissant r« histoire de l’esprit humain». Je me souvins qu’alors j’avais observé le roi de Saxe, examinant les tableaux. Arrivé devant l’un des cartons de Kaufmann représentant la torture d’un hérétique sous l’inquisition espagnole, le monarque avait secoué la tête et s’était détourné de ce sujet, qui sans doute lui paraissait repoussant. Tout en m’entretenant avec le peintre qui, pâle et préoccupé, prévoyait l’avenir, j’arrivai place de la Poste, devant la fontaine érigée sur les plans de Semper... Soudain, de la tour voisine de l’église Sainte-Anne, le toscin résonna. « Grand Dieu ! voilà que ça commence ! » s’écria mon compagnon bou-