‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 200 sur 276 · EFFET QUE ME PRODUISIT LE TOCSIN · texte numérisé non relu

EFFET QUE ME PRODUISIT LE TOCSIN

leversé, et il disparut. On m’a dit plus tard qu’il demeurait à Berne comme réfugié politique, mais je ne l’ai plus jamais revu.

Le son si rapproché de cette cloche me produisit, à moi aussi, un effet surprenant. C’était une après-dînée très ensoleillée, et aussitôt j’observai le même phénomène que celui décrit par Goethe lorsqu’il cherche à se rendre compte de la sensation que lui produisit la canonnade de Valmy. Toute la place me parut baignée d’une lumière jaune presque brune, à peu près comme à Magdebourg le jour de l’écüpse de soleil. J’éprouvai une sorte d’immense bien-être et une envie de me jouer de ce qui jusqu’alors m’avait paru si grave.

Dans cette disposition d’esprit je me rendis chez Tichatschek, sans doute parce qu’il demeurait tout proche. J e pensais lui demander un des fusils qu en sa qualité de chasseur passionné il entretenait avec grand soin. Je ne rencontrai que sa femme; lui-même était en vacances ; la peur qu’elle montra m’excita à la gaieté. Je lui conseillai de mettre les fusils de son mari a la disposition du Comité des Patriotes et de s en faire donner un reçu ; car autrement la populace viendrait bientôt les lui prendre. J’ai appris plus tard que mon humeur excentrique d’alors me fut comptée comme un crime.

Puis je retournai dans la rue voir ce qu’il y avait de nouveau, outre le toscin et la lumière jaune. Au Vieux- Marché, j’aperçus un groupe où l’on pérorait vivement ; à mon agréable surprise, j’y reconnus Mme Schrœder- Devrient. Elle arrivait de Berlin et avait appris que

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