‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 201 sur 276 · SCHRŒDER-DEVRIENT ET LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

SCHRŒDER-DEVRIENT ET LA RÉVOLUTION

devant son hôtel on avait tiré sur le peuple, ce qui l'avait émotionnée au suprême degré. A Berlin, elle avait été témoin d'une émeute réprimée par la force des armes et elle était indignée de retrouver le même spectacle dans sa bonne ville de Dresde, qu'elle croyait si pacifique. Se détournant à ma vue de la foule stupide qui écoutait ses épanchements passionnés avec un plaisir infini, elle parut ravie d'avoir quelqu'un à qui elle pût s'adresser et demander de tout faire pour empêcher ces actes répugnants.

Je la retrouvai le lendemain chez mon vieil ami Heine où elle s'était réfugiée; là, constatant mon sang-froid, elle me supplia encore de chercher à arrêter ces luttes homicides. La conduite de Mme Schroeder-Devrient en cette occasion la fit accuser plus tard de haute trahison et d'excitation à la révolte. Et elle fut obligée de se défendre et de prouver son innocence devant le tribunal, pour ne pas perdre la pension que lui avaient assurée ses longues années d'activité à l'Opéra de Dresde.

Le fameux 3 mai, je me dirigeai d'abord vers les quartiers de la \’ille où, d'après la rumeur publique, il y avait eu du sang versé. J'appris qu'au moment du relèvement de la garde, devant l'arsenal, une bagarre s'était produite entre civils et militaires parce qu'une audacieuse bande populaire avait voulu s'emparer du dépôt d'armes. La foule avait été dispersée par la bravoure de la soldatesque tirant quelques coups à mitraille. Par la rue de Rampisch, j'approchais du champ de bataille, quand je croisai une compagnie de la garde municipale qui, fort innocemment, s'était trouvée exposée au feu des soldats’ Je remarquai un des gardes que son camarade soutenait

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