‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 207 sur 276 · SUR LA « TOUR DE LA CROIX · texte numérisé non relu

SUR LA « TOUR DE LA CROIX

circonstances on recommande aux jeunes soldats de ne jamais montrer une hâte qui attire les balles. Arrivé à mon poste élevé, je trouvai d'autres spectateurs venus, les uns par curiosité, les autres envoyés par le commandement révolutionnaire pour observer les mouvements de l'ennemi. Parmi ceux-ci, je rencontrai un instituteur nommé Berthold, homme tranquille et doux quoique convaincu et décidé, avec lequel je m'égarai dans une discussion philosopliique sérieuse qui fut poussée jusque sur le terrain de la religion. Tout en causant, il avait, à l'aide d'une paillasse empruntée au gardien de la tour, très pratiquement fabriqué un abri contre les balles des carabiniers prussiens qui, des tours de l'église Notre-Dame, avaient choisi comme cible le poste que nous occupions.

Malgré l'approche de la nuit, je ne pus me décider à quitter mon intéressant refuge et, par l'entremise du gardien, je fis porter quelques hgnes à ma femme afin de la prévenir et de lui demander en même temps un peu de provisions. Tout à proximité de la cloche de la tour qui résonnait terriblement, et tandis que les balles rebondissaient sans interruption contre nos murailles, je passai là une des nuits les plus extraordinaires de ma vie, partageant avec Berthold la garde et le sommeil.

Le dimanche 7 mai fut une journée admirable ; je fus réveillé par le chant d'un rossignol, qui montait du jardin Schütz, assez proche ; le silence et une paix délicieuse régnaient sur la ville et sur la campagne qui s'étendait au loin et se couvrit de brouillard au lever du soleil. Dans ce brouillard, nous perçûmes clairement la musique de la Marseillaise, qui arrivait des environs de la « Tharander

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