INCENDIE DU VIEIL OPÉRA 2S
phonie. De tout temps, ce bâtiment, qui ne devait être que provisoire, et qui se trouvait rempli de bois et de toiles, avait inspiré la crainte du feu à ses visiteurs. On me dit qu'il avait été allumé volontairement, pour protéger contre une attaque de l'ennemi cette partie exposée de la ville, ainsi que la fameuse barricade de Semper. J'en conclus qu’en ce monde de tels motifs sont plus puissants que les raisons d'esthétique, car, depuis longtemps, on avait réclamé en vain la démolition de cet affreux bâtiment qui gâtait l'aspect de l'élégant palais du « Zwinger ». Bourrée de matières combustibles, cette masure aux dimensions importantes ne fut bientôt qu'une mer de flammes; lorsque celles-ci atteignirent la toiture métallique des galeries du Zwinger et que les plaques de zinc, sous l'action de la chaleur, se mirent à ondoyer conune d'admirables vagues bleuâtres, les spectateurs exprimèrent leur regret de cet incendie, car on croyait menacé le cabinet d'histoire naturelle. D'aucuns affirmèrent que la partie en péril était la salle des armures, sur quoi un soldat milicien déclara qu'alors ce n'était pas dommage, puisque les « nobles empaillés » y flamberaient. Par amour de l'art, on empêcha cependant le feu de s'étendre et, en réahté, il ne fit guère de dégâts.
Peu à peu, notre assez paisible poste d'observation se garnit d'une quantité de citoyens auxquels on avait donné l'ordre de protéger de là l'entrée du Vieux-Marché, mal gardée du côté de la rue de la Croix. J'étais sans armes; ma place n'était donc plus ici. J'avais d'ailleurs reçu un message de ma femme qui avait passé par de terribles inquiétudes et qui me rappelait au logis. Je ne